sinnaeveEn se disant foncièrement belges et partisans d’une Belgique unie et solidaire, nombre de francophones ignorent, en toute bonne foi, qu’ils ne parlent pas de la même Belgique ni du même rapport à celle-ci que leurs compatriotes flamands : celle qui, pour eux, fait figure de « mère-patrie » est aussi celle qui, dès l’indépendance, a abandonné à leur sort ses enfants flamands en choisissant le français pour seule langue officielle. C’est là le terreau du clivage opportunément appelé « centre – périphérie », bien qu’il soit souvent ramené à de simples « querelles linguistiques Nord-Sud ». Il y est bien question de langues, certes, mais aussi de domination socioculturelle et de rapport de classes.

pontegniesLes bêtes semblent s’être évaporées : devenues machines, elles sont des centaines de millions - rien qu’en Belgique - à se rendre, invisibles, du hangar à l’abattoir avant de terminer, découpées, dans des barquettes plastifiées disposées dans d’interminables rayonnages, dont chaque détail esthétique a été soigneusement étudié. Il semble ne plus rester grand-chose de l’animal, progressivement transformé en pure marchandise, en « fétiche » dérobant au regard et à l’intelligence toute la complexité de notre rapport à l’animalité. Retour sur un processus de réification…

pontegniesLe dernier « scandale sanitaire » en date, portant encore et toujours sur la production de viande, nous contraint à nous pencher sur la sortie de ce qui est une crise structurelle du secteur. Une occasion d’examiner trois propositions alternatives. Si le discours du « bien-être animal » nous paraît aujourd’hui fort compromis (dans tous les sens du termes), les voix qui s’élèvent en faveur d’une polyculture-élevage d’un côté et du véganisme de l’autre semblent plus en phase avec les nécessités écologiques actuelles. Le problème étant que les militants des deux tendances se regardent en chiens de faïence, quand ils ne s’invectivent pas. Est-ce bien utile, ou même : n’est-ce pas irresponsable, quand l’heure est à la lutte, qui s’annonce plus que difficile ?

sarahRégulièrement critiquée et pointée du doigt dans les médias ou la sphère politique, la novlangue décrit une série de pratiques langagières qui permettent tantôt d’atténuer une réalité ou un fait, tantôt d’exercer une réelle manipulation de masse basée sur le changement des représentations et de sens. Ces mots, qui changent nos pratiques autant que notre vocabulaire, s’immiscent également dans le quotidien d’organisations socioculturelles. Outre le langage managérial, une des grandes sources du nouveau vocable provient des politiques de l’État social actif menées en Belgique ces dernières décennies. Mesures et discours dont le secteur associatif militant se méfie pourtant fortement.

1929174 1135253740997 45510 n« Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet et voilà qu’après quelque temps, l’effet toxique se fait sentir ». Cette citation de l’analyste du discours nazi Victor Klemperer nous rappelle que les mots, utilisés quotidiennement peuvent avoir une importance déterminante sur le long terme dans la manière de construire notre univers social et de désigner les rapports politiques. Et qu’il est dès lors indispensable de déterminer la riposte à développer dans ce combat sémantique, bien avant que les mots du pouvoir nous empêchent la critique.

fbik3l5hGauthier Chapelle est ingénieur agronome et docteur en biologie. Ses réflexions sont particulièrement originales et novatrices. Sur le plan pratique, au travers du biomimétisme, car il démontre, à l’aide de nombreux exemples, comment le laboratoire de la nature peut être un modèle, même pour résoudre des problèmes technologiques très pointus. Sur le plan éthique, car, avec Pablo Servigne, il contredit le mythe dominant d’une nature et de relations humaines fondées sur la compétition et la concurrence, au profit des mécanismes de la solidarité et de l’entraide, véritables matrices des écosystèmes et des sociétés depuis la nuit des temps.

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