20) Nouvelles perspectives pour le socialisme (IV) : Rendre la réalité inacceptable PDF Imprimer Envoyer

Rompre avec l’imaginaire libéral et ralentir le rythme de la transformation de la matière pour en assurer une distribution égalitaire effective sur l’ensemble de la planète, voilà, me semble-t-il des pistes pour un programme renouvelé de la gauche. Car, comme l’écrit Jean-Pierre Dupuy : « J’ai l’intime conviction que notre monde va droit à la catastrophe.  Le chemin sur lequel s’avance l’humanité est suicidaire. Je parle de la catastrophe au singulier, non pour désigner un événement unique, mais un système de discontinuités, de franchissements de seuils critiques, de ruptures, de changements structurels radicaux qui s’alimenteront les uns les autres, pour frapper de plein fouet avec une violence inouïe les générations montantes » .

Mais rompre avec l’alliance historique, qui fait notre modernité, entre économie, science et technique et qui produit un individu atomisé, avide de bien et arraché à son environnement, suppose d’interroger les valeurs et les principes qui ont guidé nos engagements jusqu’à présent. Cette rupture implique une forme de nouvelle révolution copernicienne dans notre manière d’appréhender le monde et les rapports entre les hommes. Ralentir le rythme de la transformation de la matière, j’ai déjà beaucoup écris à ce sujet, interroge le progrès, la croissance, l’artificialisation du monde qui se heurte à la rareté des ressources et à la finitude de notre biosphère. Interroger les rapports entre les hommes implique une subversion des valeurs. En refusant d’abord l’axiome de la philosophie politique dominante, une anthropologie pessimiste et désespérée qui conçoit l’homme comme un être essentiellement égoïste et calculateur. Philosophie du doute, du soupçon et de la méfiance généralisée. « En revanche, écrit Jean-Claude Michéa, il suffit de réintroduire une conception de l’être humain plus complexe et plus nuancée, d’admettre – par exemple – qu’il est tout autant capable d’aimer, de donner ou d’aider que de prendre, d’exploiter et de spolier, pour modifier d’un seul coup tous les paramètres de la philosophie politique dominante » .

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