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Par Christian Ruby
Si le mot « culture » est devenu un objet de valorisation des modes de gestion sociaux et politiques, c’est en désignant des activités confinées dans le ravissement et l’émotion. Sous la conduite de l’État et des industries culturelles, chacun est appelé à faire une grande consommation d’œuvres qui sont mises au service du « lien social » ou traitées comme « valeurs ». Il reste à notre charge de signaler que ces utilisations ne constituent pas le rapport approprié aux œuvres et que la culture, justement, pourrait pénétrer la bruyante futilité des loisirs de masse pour mieux l’interroger et réinvestir par ce biais la totalité de la société et de l’espace public. Ceci dit, la question centrale est aussi celle de savoir comment réagir face à l’esprit du temps et quelles sont les orientations dont nous pouvons affirmer qu’elles pourraient conduire à des écarts suffisamment importants par rapport au statu quo culturel pour en imposer la transformation, ainsi que celle du mot « culture ».
Dans le contexte européen, la notion de culture tient une place importante dans l’organisation de la société laïque ainsi que dans la formation de la conscience de soi que les élites se forgent d’elles-mêmes.
Au cœur de la période des Lumières, les philosophes ont planté la scène de la culture, en distillant une confiance naïve dans l’idée selon laquelle la culture et son continuel progrès suffiraient à rendre l’homme meilleur, en élevant son âme. La destination de cet homme, sujet unifié, n’a certes plus Dieu pour orient. Mais cette dynamique spontanée d’élévation demeure nouée à l’Idée d’une culture concourant au développement des facultés d’êtres humains réputés par nature égaux, sans que cette réputation s’étende cependant à tous les peuples. À la diminution de sa prégnance et de ses effets identitaires, notamment dans l’espace public, sont imputés les moments de défaite de la pensée et la fluctuation des sentiments du corps politique relativement à lui-même.
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