30. Art et essai : Ce cinéma menacé PDF Imprimer Envoyer

Par Sabine Beaucamp
Coordinatrice des études et publications, Présence et Action Culturelles

Quelle est encore aujourd’hui la place réservée au cinéma d’auteur, d’Art et Essai, au Cinélibre ? Souffre-t-il d’une concurrence effrénée des circuits commerciaux. Perd-il de son âme, de son esprit, de ses différences qui font sa particularité et ce pourquoi on le défend ? Sera-t-il un jour condamné à disparaître ? Se fera-t-il embrigader par la machine du divertissement grand public ? Autant de questions qui conduisent vers un constat, celui d’essayer de démonter, de déjouer les mécanismes des logiques culturelles, pour mieux les appréhender.


Dans les médias et pour le grand public, le « cinéma d'auteur » est fréquemment opposé au « cinéma commercial », le premier étant considéré comme intellectuel, élitiste et à budget réduit alors que le second est familial et divertissant. Pour certains critiques, la notion de cinéma d'auteur prend une valeur qualitative et devient une sorte de label; inversement, pour certains spectateurs, la notion de « cinéma d'auteur » évoque un type de films austères et ennuyeux. Il n'y a pourtant pas nécessairement d'opposition entre film personnel, voire à ambition « artistique », et succès commercial. Il faut cependant reconnaître que le cinéma dit d'auteur, n'ayant pas pour ambition première de séduire le public le plus large possible, dispose généralement de budgets plus modestes et peut parfois sembler difficile d’accès. En outre, certains mouvements cherchant à promouvoir le cinéma d'auteur prônent l'économie de moyens pour garantir la sincérité. Cette façon d’interpréter les choix remet sur le tapis le rapport public-privé dans la culture et, au-delà, la confrontation de deux types de société. On doit bien constater qu’il y a une dizaine d’années, là où trois films d'auteur sortaient chaque semaine, on en dénombre aujourd'hui pas moins de six ou sept à l'affiche. Mais leur public n'augmente pas, il s'éparpille. Les spectateurs ne savent plus comment choisir, ils hésitent, aujourd'hui, on a tendance à se fier, à se référer davantage aux critiques, avant de poser un choix, il faut, le nec plus ultra, qu'un film soit recommandé unanimement par tous les journaux, mais aussi par la télévision et Internet. Si les cinémas « art et essai » devaient disparaître un jour, les films les plus fragiles seront les premiers menacés. Le circuit lent ne pourrait plus fonctionner sur la longueur et va devoir adopter des seuils de rentabilité beaucoup plus élevés dès les premières semaines. Cela signifierait que bien des films n’auraient plus la chance de trouver leur public sur la durée et disparaîtraient bien avant d’avoir épuisé leur potentiel de spectateurs. Les salles indépendantes survivent dans un contexte empreint de lourdes difficultés, quand elles ne doivent pas purement et simplement fermer leurs portes. Aussi l’avantage concurrentiel obtenu, sans contrepartie aucune, par UGC et Kinepolis, ne pourra qu’aboutir à leur fragilisation et à un renforcement, a contrario, de la position dominante des salles multiplexes.

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