Campagne : Tsiganes, Roms, Gitans, Gens du voyage

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« … L’exemple des discours produits et reproduits sur les Tsiganes depuis plus de 200 ans montre que ne pas poser ces questions, c’est pérenniser un épais brouillard de stéréotypes et d’évidences (souvent contradictoires, d’ailleurs), rendant les réalités bien impuissantes face à l’imaginaire. Pourquoi des générations de tsiganologues ne sont-elles pas parvenues à ébranler le sens commun ?

Pourquoi les clichés de 2010 sont-ils les mêmes que ceux de 1850 ? Est-ce parce qu’ils sont fondés ? Ou parce qu’ils jouen le même rôle aujourd’hui qu’au 19e siècle ? »

Martin Olivera

 

Vagabonds, voleurs de poules ou d’enfants, diseuses de bonne aventure, mendiants effrontés, rois de la débrouille, gitanes lascives, musiciens virtuoses, derniers êtres humains libres comme le vent, seul peuple qui n’ait jamais fait la guerre ? Ces stéréotypes, qui ont la vie dure, s’appliquent indifféremment aux Tsiganes, Roms, Gitans, Manouches, Gens du voyage, alors qu’il s’agit de groupes humains qui ont des histoires et des cultures bien différentes.

La stigmatisation dont tous sont l’objet a permis à Nicolas Sarkozy, à l’été 2010, d’expulser de France dans une violence extrême des Roms et des Gens du voyage, non seulement dans le non-respect des droits humains élémentaires mais en contradiction avec les législations nationales et internationales. Car les Roms en question étaient pour la plupart ressortissants de pays européens et auraient dû comme tels bénéficier d’une liberté de mouvement identique à celle de tout citoyen européen dans l’espace Schengen. Quant aux Gens du voyage, ils étaient tout simplement français et auraient dû dès lors jouir des mêmes droits que tout citoyen sédentaire de la République.

A peu près à la même période, en Belgique, la Commune de Dour adoptait une politique tout aussi discriminatoire. Alors que des dizaines de milliers de campeurs amateurs de musiques rock venaient de démonter leurs tentes et d’abandonner leurs déchets sur les prairies consacrés au Festival, l’annonce de l’arrivée de quelques caravanes suscitait une réaction radicale de la part des autorités publiques : les terrains communaux n’étaient pas, selon elles, équipés pour accueillir dignement les Gens du voyage.

L’envie nous a pris de comprendre : car si la misère, la discrimination et la mise au ban de la société ne sont pas l’apanage des Roms et des Gitans, le rejet et les préjugés à leur égard se concrétisent souvent dans une violence haineuse particulièrement intense. Pourquoi cette haine ? De quelles constructions idéologiques est-elle le fruit ? Et d’où vient cette confusion entre Roms et Gens du voyage, ces amalgames dont les uns et les autres subissent les conséquences?

Voilà pourquoi nous avons senti la nécessité de mettre sur pied, à l’initiative de la Maison du livre de Saint-Gilles, un événement multidisciplinaire consacré aux représentations — essentiellement littéraires et picturales — des Tsiganes, Roms, Gitans et Gens du voyage, ainsi qu’aux stéréotypes et aux discriminations dont ils sont victimes. Dans ce voyage exploratoire entre mythes et réalités, nous avons voulu montrer la diversité de ces peuples qui font partie intégrante de notre histoire depuis des siècles, ainsi que la richesse de leurs cultures.